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Article du flash n° 244 - janvier 2011 - Aux pères reconna…

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Aux pères reconnaissants (ou pas)

 Où sont les pères ? La place du père apparaît d'emblée dans la proposition d’accompagnement des jeunes femmes. Il ne s'agit pas du partenaire mais bien du père de l’enfant. Et il est un peu notre soldat inconnu.  

Né de père inconnu..., on trouvait naguère cette formule dans les registres d'État-civil. Si le soldat inconnu s'est illustré pour défendre la mère patrie, notre soldat inconnu a souvent déserté la femme avant d'avoir connu la mère.

Petit échantillon de nos appelés, qui selon leur investissement sur le champ de bataille, n'auront pas droit au même traitement par l'administration :

 Le père absent. La rencontre est brève, mais intense, généralement il disparaît à l'annonce de la grossesse. La Jeune Femme décide de la poursuivre, par amour, pour le retenir ou par conviction religieuse. Peu d'actes de bravoures sont à l'actif de notre soldat. La jeune Femme fait souvent une croix dessus et ne perçoit pas l'intérêt d'évoquer son souvenir avec son enfant. « Il avait qu'à être là quand j'avais besoin » est une phrase qui revient souvent. L'administration soutient la jeune femme et l'enfant, du moins financièrement : elle perçoit la totalité des prestations sociales. La femme du déserteur n'est pas pénalisée.

 Le père qui a reconnu l'enfant, et qui est absent. Il s'est engagé mais son engouement n'a pas duré. «Engagez-vous, vous verrez du pays ». Il disparaît pendant la grossesse, tente parfois un retour fébrile vers le 8ème mois et parvient à être informé du moment de l'accouchement. Il s'est senti père au moins une fois en signant l'acte de reconnaissance. Il a donné son Nom, mais cela ne suffit pas à ressouder le couple parental. Chargée de rancœur, la toute puissance maternelle prend le dessus. À coté du désir du père, il y a aussi le désir ou l'absence de désir de la mère à lui accorder une place.

Défendre la place du père auprès de l'enfant devient plus aisé, il y a un support, une transmission. Il garde l'autorité parentale, des droits et des devoirs.

L'administration soutient encore la mère, mais il faut faire appel au Juge aux Affaires Familiales, afin de prouver que ce père absent ne verse pas d'argent ; auquel cas la pénalité financière peut être conséquente. Moralité : le Nom du père a un prix.

 Le père qui a reconnu l'enfant, et qui est présent. Les appartements ne sont pas accessibles aux pères, ou exceptionnellement. S’ils ont un projet de vie commune, nous leurs demandons de le concrétiser après le passage à Clairefontaine et non pendant l'accueil de la mère et de l'enfant.

S'il n'y a plus de projet de vie commune et que seul subsiste le couple parental, nous essayons de collaborer au mieux avec le père, tout en faisant attention de ne pas être instrumentalisés. Assez rapidement, il nous faut les inciter à faire appel au Juge aux Affaires Familiales.

L'administration soutient financièrement la jeune femme et l'enfant durant son accueil, ce qui rapproche momentanément la situation du père présent de celle du père absent.

Cette liste n'est pas exhaustive : père Sésame-ouvre-toi de nationalité française, père violent, père en prison, père sans papier... Notre accompagnement consiste à lui donner une autre reconnaissance que celle de géniteur (même s'il n'est pas charpentier). Nous essayons de le faire vivre dans la parole de la mère, en utilisant des supports variés, photos, choix des prénoms, ressemblance physique.

Cette année, nous avons tenu à ce que les enfants offrent un cadeau pour la fête des pères. Ce cadeau permet à la mère de nommer le père. Le cadre peint par l'enfant, avec sa photo devient « l'objet transitionnel », qui lui permet de s'affranchir d'une symbiose d'avec son enfant.

Ou sont les pères ? Cette question est importante au sein de notre établissement. A quand un foyer paternel ? La flamme du soldat inconnu est au centre d'une étoile. A nous de ne pas la laisser filer… q

 Magali Joannelle, éducatrice de jeunes enfants