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La petite enfance à l’AVVEJ

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 La petite enfance à l’AVVEJ

Historiquement les adolescents ont été au cœur des préoccupations des fondateurs de ce qui est devenu l’AVVEJ. L’Association VERS LA VIE créée à l’initiative de Jean Claude FERRAND, s’est mobilisée pour les jeunes stigmatisés par leur comportement avec l’ouverture de l’établissement LE LOGIS à Saint Lambert des Bois. L’Association pour l’Education des Jeunes Mères (AEJM), créée par Marie-Thérèse PERRIN, s’inquiétait, elle, du devenir des « jeunes–filles-mères » selon la terminologie de l’époque, celles que l’on nomme aujourd’hui « les mères adolescentes » ou encore « les mères mineures ».

L’AVVEJ est l’héritière de ces deux courants qui, avant l’heure, ont fusionné. Les enfants adolescents (et je ne l’écris pas ainsi par hasard) sont et restent la préoccupation de nombreux établissements et services de l’Association. Il n’est pas inintéressant de constater que le dernier service créé, RENCONTRE 93 à Bobigny a décloisonné les catégorisations pour construire son projet dans une transversalité de générations, témoignage, peut-on penser, d’une évolution au fil des expériences éducatives, des conceptions de l’éducation et de la notion de lien (social, symbolique, relationnel, affectif…).

Des liens existent de fait entre la petite enfance et l’adolescence en tant que périodes de vie ayant des spécificités pour la construction et le développement de la personne dans ses environnements familiaux, sociaux, historiques…

L’adolescent vient questionner les places générationnelles pour construire son ancrage dans ses filiations : « Qui es tu ? toi, mon père, ma mère. D’où je viens, de quelle rencontre ? Qu’est ce qui a fondé mon existence qui pourrait me dire quel homme, quelle femme je suis en train de devenir ? … ». Les questions existentielles de l’adolescent ne sont confortables ni pour lui ni pour ses proches mais en faire l’économie revient à s’empêcher (à l’empêcher) de grandir pleinement.

Si l’adolescent est un petit enfant qui a grandi, il devient aussi un parent potentiel, sans en avoir pour autant fini avec ses questions adolescentes, d’autant que cela peut participer à brouiller les pistes dans le jeu des générations.

L’enfant qui nait, « crée » deux parents, mais aussi quatre grands-parents, voire plus au-delà de la dimension biologique. Le tout-petit a ses propres besoins qui évoluent avec lui très vite dans ses premières années. La densité et l’évolution des besoins du petit, l’ampleur de ses multi-dépendances à son entourage ne sont pas toujours en phase avec les capacités d’empathie et le rythme d’évolution des adultes, des jeunes ou moins jeunes parents. Nous avons plutôt affaire dans nos institutions aux difficultés liées à ces écarts, momentanés ou plus durables, entre les petits enfants et les (jeunes ou pas) adultes de leur famille. Nous avons aussi affaire au « brouillage » générationnel avec de « lourdes » confusions de places qui pèsent de fait sur le « petit nouveau » !

De plus les configurations varient à l’horizontal (père géniteur, père(s) d’éducation, père de passage, homme de la mère, mère génitrice, mère de passage, grand-mère ou belle mère qui font la mère, etc). Nous connaissons tous la déclinaison d’une richesse infinie des configurations familiales possibles avec leurs effets plus ou moins heureux pour les enfants.

Bref, nous avons de quoi faire avec eux s’ils le veulent bien, au-delà des injonctions, de l’aide contrainte et autres accords à accorder.

Pour ne pas nous noyer dans la complexité humaine, nous tentons d’attraper les choses par une entrée ou une autre, pour nous et pour leur permettre de poser des repères et avancer dans les différenciations. Nos services et établissements se sont ainsi construits sur des projets ciblés qui nous conduisent à développer des compétences, des connaissances, des « savoir-faire » plus particulièrement dans certains domaines : l’insertion des mères isolées avec petits enfants, l’accueil et l’accompagnement de mères mineures, l’accueil des enfants en lien avec la réalité sociale des parents, l’assistance éducative au domicile auprès de familles en difficulté, la préparation et l’accompagnement vers un placement de l’enfant en institution…. Nous intervenons dans le champ des réalités des difficultés rencontrées par parents et enfants, et c’est ainsi que sont énoncées nos missions. Mais au-delà de l’énoncé des missions et des cadres institutionnels d’intervention, nous sommes confrontés à des questions que nous pouvons partager dans nos « métiers de relation »

La rencontre du 30 novembre 2011 s’est offerte comme une opportunité pour présenter nos questions et nos façons différentes parfois de les aborder. Ce mouvement de rencontres professionnelles au sein de l’AVVEJ répond vraisemblablement à des aspirations qui se développent dans l’association et dont on peut en entendre l’expression lors des séminaires de l’AVVEJ : les bilans font part du plaisir de se connaître, d’échanger sur les expériences et le souhait de développer une réflexion partagée au-delà de son établissement ou service.

Lors de la journée de novembre, nous avons ainsi fait mieux connaissance avec la présentation par les directrices et directeurs de leur institution, et nous avons pu échanger lors des ateliers nos réflexions et questionnements ; la richesse de ces échanges demande un prolongement et c’est dans cet esprit que le FLASH s’offre comme support pour déployer témoignages, expériences, réflexions à poursuivre et partager.

J’ai retenu quelques pistes de questionnements (qui ne sont évidemment pas exhaustifs) :

· La durée des accueils et le sens de ces durées, avec ou sans limites selon les projets d’établissements…
· Les femmes isolées( ?) avec enfants : la question des pères et comment nous la prenons en compte, les uns et les autres…
· L’accompagnement éducatif avec ou sans mandat, et l’effet sur la façon dont nous pensons nos interventions…
· L’accueil collectif des mères mineures : adolescentes ou mères ? la mise en tension de ces deux postures….
· Les paradoxes de nos accueils : pour exemple la grossesse comme obligation de sortie de la prise en charge ?
· Les priorités et la durée de l’accompagnement : relation mère/enfant, logement, insertion sociale et professionnelle des parents,… quels choix d’objectifs ?

La mixité des groupes dans les ateliers a donné du jeu (au sens mécanique du terme) à nos réflexions, ouvrant des voies, en élargissant d’autres… C’est ce « jeu » (au sens ludique ?) que nous vous proposons de continuer et nous en confions la menée aux directeurs (trices) pour en permettre la poursuite selon les modalités qu’ils retiendront avec leurs équipes.

Rendez-vous en mars puis en avril pour partager vos productions plus largement avec les lecteurs du FLASH.
 
Marie-Catherine RENEVOT

Article du flash  n°251 - janvier 2012