23e séminaire AVVEJ - 2015

23e séminaire de l'AVVEJ


23, 24 et 25 septembre 2015 à Ronce-les-Bains
 
Normes, règles, lois :
 
quels repères pour l'institution
 
éducative ?
Mercredi 23 septembre

Ouverture des travaux par M. HOLLIER-LAROUSSE, président de l'AVVEJ
 
Intervention de Serge RAGUIDEAU, directeur-général.
EXTRAIT
"Venons-en au thème de cette année qui a été initié par les administrateurs suite à la journée des administrateurs qui s’est déroulée le 20 septembre 2014 en présence de Monsieur Roland GORI, psychanalyste, initiateur de l’Appel des Appels, dont les travaux et les ouvrages de ces dernières années n’ont cessé de pointer les effets destructeurs que la norme et sa généralisation opèrent dans tous les domaines.  
Cette rationalisation à outrance, nous dit-il, a des effets de dé-subjectivation sur le soin, l’éducation, l’enseignement, la justice, l’art… la culture en général. Une société articulée à la loi n’est pas la même chose qu’une société articulée à la norme, précise-t-il.

 
Jean-François GASPAR
 
Sociologue. Haute École Louvain en Hainaut & Haute École Namur Liège Luxembourg Responsable du CÉRIAS (Centre d’Études et de Recherches en ingénierie et actions sociales) Membre associé du Centre Européen de Sociologie et de Sciences Politiques (EHESS-Paris 1-CNRS)
Intervention :
"Normes, Lois, règles : une variable de l'économie des biens symboliques des travailleurs sociaux"
 
Bibliographie :
"Tenir ! Les raisons d'être des travailleurs sociaux". Ed. La Découverte. 2012
Synthèse de l'intervention de Jean-François GASPAR
 
"En dépit du manque de reconnaissance (sociale, médiatique, politique, professionnelle), voire parfois même du discrédit qu’ils subissent ; des attentes (des usagers, de leur service, de leur hiérarchie, des autorités mandantes, des politiques, etc.), souvent difficilement conciliables, dont ils sont investis ; des moyens, généralement dérisoires, dont ils disposent ; des relations, parfois difficiles, avec les populations encadrées… les travailleurs sociaux, quotidiennement, mettent en oeuvre les politiques sociales et sont « au service » des franges les plus précarisées des classes populaires."
 
 
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Jean-Pierre PINEL
 
Psychologue/psychanalyste
Membre de l’UTRPP, Unité Transversale de Recherche Psychogenèse et Psychopathologie.
Présentation de Jean-Pierre Pinel sur le site de Paris 13 et bibliographie

Publications accessibles sur CAIRN

Intervention :
Nouvelles normativités et violence dans les institutions
 
EXTRAIT

"- Dans un premier temps je caractériserai les fonctions psychiques et culturelles exercées par les Institutions en insistant sur celles qui sont spécifiquement soutenues par les institutions spécialisées.
- Dans un deuxième temps je viserai à dégager les singularités du montage régissant les établissements ou services spécialisés d’orientation clinique leur permettant de soutenir leurs fonctions structurantes
- Dans un troisième temps je brosserai un tableau synthétique des mutations de l’arrière-plan social-culturel – et plus particulièrement de la nouvelle normativité à l’oeuvre - en dégageant leurs répercussions sur les montages institutionnels. Cette analyse permettra de donner une meilleure compréhension aux éprouvés d’attaque ou de délitement des dispositifs de soins qui traversent douloureusement nombre d’équipes instituées.
En conclusion, j’aborderai quelques pistes permettant d’élaborer certains éléments participant de ce télescopage."
 
 
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Echanges avec les auteurs
 
"Quand j'étais petit, on m'a retiré

de ma famille"
 
Les auteurs du livre conçu dans le cadre des 3A, anciens d'un des établissements de l'AVVEJ ont présenté l'ouvrage et ses conditions de fabrication.
Un travail qui s'est étiré pendant quatre années pour retrouver un passé souvent douloureux et lui donner une forme par l'écriture.
Les auteurs ont échangé avec un public composé en grande partie de jeunes éducatrices et éducateurs.

 
 
 
 Pierre Cadoux, Claude Domange (dir.)
ed. Presses de l'EHESP
 

En séance plénière, évocation d'une rencontre entre des jeunes filles de l'OUSTAL et les auteurs du livre. Intervention de l'éducateur (au centre) artisan de cette action.
Les questions ont permis aux anciens de proposer un témoignage singulier, souvent empreint d'émotion et trop rarement recherché et exploité pour la compréhension des effets durables du travail social. 
Tous en définitive, au delà des évènements de la vie institutionnelle qu'elle ait été,  mettaient l'accent sur l'importance déterminante pour leur propre construction de la relation à l'éducateur.

A ce sujet, les auteurs étaient curieux d'interroger les nouveaux praticiens sur leur engagement, leurs motivations et comment ils parvenaient à vivre avec la souffrance de l'autre, celle des jeunes personnes qui les ont remplacés dans les institutions.
Confrontation entre générations qui s'inscrivent dans des époques différentes qui peut-être ont produit des individus différents, mais cependant reliées par le concept de confiance, celle qui est donnée et celle qui est reçue, dont la nécessité s'imposait et s'impose encore.
 
Le site des 3A


Festival du film
 
6 films réalisés dans des établissements de l'AVVEJ ont été projetés.
 
 
Paroles de jeunes d'hier et d'aujourd'hui. Réalisation : SAU 78

 

Une journée particulière. Réalisation : L'OUSTAL

 

Le Mangeur d'hommes. Réalisation : SAU 92

 

La Famille ruinée. Réalisation : SAU 92
 
Plonger ! Réalisation : Le vieux Logis
 
Témoignages. Réalisation : Rencontre 93 (Espace Petite Enfance)
 Pause sous la pinède
 

 Jeudi 24 septembre - 9 h

 
Une Association en or !
Foyer éducatif La PASSERELLE (Marolles-en-Hurepoix 91)

 
Cette action se présente sous la forme d’un « jeu ».
Les animateurs font deviner aux concurrents quelles sont les occurrences les plus répandues en association avec les mots « institution » et « voilier » (sous la forme du jeu télévisuel « une famille en or »).
Il y a une « prime » sous forme de scénette, de film, de texte ou de chant lorsque la solution est trouvée.
 
 
 

L'institution : des repères pour soutenir le processus adolescent
Camille CURBILIE, psychologue au Foyer éducatif La Passerelle
 
(...) "La métaphore du bateau employée lors de ce séminaire favorise la figuration de la dynamique institutionnelle au sein de laquelle les voiles se hissent, les matelots se coordonnent, les directives sont données, les ancrent sont levées et le cap est gardé pour que la destination, celle de faire grandir les moussaillons à bord, puissent être atteint dans un contexte le moins houleux possible.
Ces jeunes cherchent à effectuer un passage d’une rive à une autre ; processus de perte, quitter l‘enfance, pour accéder un nouvel état nécessite des points d’ancrage fixes et rassurants. Cette traversée entre l’enfance et le statut d’adulte amène forcément à des réaménagements que nous devons soutenir grâce, entre autre, à des références communes qui structurent le sujet dans le socius..."
 Table ronde  - 11 h
Transmission et sanction

Table ronde animée par les services pédagogiques des Établissements de l’AVVEJ
 

 

La loi, la règle et la norme, une affaire de transmission et de limites.
Au niveau de nos institutions éducatives, cette relation réunit un caractère particulier et informel dans un cadre institutionnel.
Elle repose sur un lien interpersonnel qui vient éclairer la nature du rapport qui se noue entre l’émetteur et le récepteur (éduquant-éduqué) dans une relation dissymétrique : posture d’accueil d’un côté et relation de confiance de l’autre.
La sanction intervient quand la capacité de transmission qui diffère en fonction des sociétés, des personnes et des pédagogies atteint ses limites.
 
 

Débats animés par Abdel AJENOUI

Rapporteur : Michel DE FRANCE

Participants : Véronique LEDOS, Sylvain DIAZ, Ingrid HOARAU, Laetitia GOYAU,
Valérie de CHALENDAR MERCKY, Christian NEGRI.
 
Invité : François HEBERT.
 

La loi, la règle et la norme, une affaire de transmission et de limites. Au niveau de nos institutions éducatives cette relation réunit un caractère particulier et informel dans un cadre institutionnel. Elle repose sur un lien interpersonnel qui vient éclairer la nature du rapport qui se noue entre l’émetteur et le récepteur (éduquant-éduqué) dans une relation dissymétrique (P. MEIRIEU, "Penser l’éducation et la formation", www.meirieu.com) où l’adulte choisit ce qui est bon pour l’enfant. Posture d’accueil d’un coté et relation de confiance de l’autre sont nécessaire à l’émergence d’un être qui finira par s’instituer librement et nous échapper tel la flèche de Khalil GIBRAN (Le prophète, ed. Pocket).
Cette relation duelle passe par un tiers représenté par les savoirs, les connaissances, la culture,...qui garantissent que cette relation ne s’abime pas dans le jeu des affects. La sanction intervient alors quand la capacité de transmission qui diffère en fonction des sociétés, des personnes et des pédagogies atteint ses limites.

En dehors du texte de M. François Hebert invité de cette table ronde, l’ensemble des écrits et des schémas est le résultat d’un travail de réflexion et d‘échange mené par les équipes pédagogiques de l’AVVEJ dans le cadre de réunions de travail trimestrielles.

 

De la punition comme sanction-reproduction qui institue l'enfant comme mauvais objet...
 
... à la sanction comme réparation constructive, "comme outil de réintégration pleine et entière d'un citoyen dans le corps social" Robert BADINTER.

Ce Schéma a été réalisé à partir des notes prises lors des rencontres trimestrielles d’échange et de réflexion, autour de notre pratique, qui ont réuni les éducateurs scolaires de l’Atelier Scolaire Rencontre 93, de l’école interne de l’Oustal, de l’I.T.E.P « Le Logis » et du SAU 78.

 
Normes, règles, lois : 
 
 

Les interventions

• Gare aux lois. Véronique LEDOS, coordination projets. Rencontre 93 

"Bonjour, c’est mon premier séminaire de l’AVVEJ et je suis très impressionnée. Peut-être moins par la salle que par le fait de débuter la table ronde.
Tout d’abord je me présente Véronique Ledos coordinatrice projets à Rencontre 93. Ce qui se résume à donner les moyens à des projets de se réaliser via des financements, des partenariats et à soutenir les équipes dans l’organisation générale des projets. Je vais m’efforcer de ne pas parler trop vite ni trop longtemps. Le cheminement que je vous propose de faire va s’articuler de la manière suivante : je vais vous raconter une histoire, de cette histoire quelques interrogations, je poursuivrai avec un essai de définition de la loi, la règle et la norme et une conclusion sur le sujet. La loi, la règle et la norme, vaste sujet, je ne suis pas sûre de vouloir remercier le groupe qui a eu l’initiative d’un tel sujet. (...)"
 
>>> La suite de l'intervention de Véronique LEDOS
 
• Transgression et modes de réponses : du miroir au Tiers. Sylvain DIAZ, psychologue. Atelier Scolaire Rencontre 93 
" Avant propos. Dans un premier  temps, je souhaite situer le public avec lequel nous travaillons en essayant de faire ressortir les enjeux auxquels ils peuvent être confrontés tant du côté de la construction psychique, au moment de l’adolescence, que du côté des apprentissages en lien avec notre sujet. Nous nous intéresserons à ce que peut signifier une transgression, et comment l’institution scolaire et / ou éducative peut être amenée à réagir traditionnellement.  Dans un deuxième temps, nous verrons comment les modes de réponses du côté coercitif peuvent amener les professionnels à se faire l’économie d'une mise en réflexion autour de ce que signifie le passage à l'acte et les conséquences pour le jeune comme pour l'adulte, jeunes eux-mêmes victimes de transgression de la loi par les adultes proches. (...)"
>>> La suite de l'intervention de Sylvain DIAZ

 
• La sanction. Laëtitia GOYEAU, éducatrice scolaire spécialisée. SAU78

"Quand nous parlons de sanction, nous pouvons faire appel à nos souvenirs d’école, plus ou moins lointains. En effet, dans le lieu des premières expériences de socialisation, certains d’entre nous se remémoreront les lignes d’écriture, les devoirs supplémentaires, les piquets, coins ou autres bonnets d’ânes. Et puis, d’autres entendront les réprimandes, « tu sors, je ne veux plus te voir » ou « heure de colle, ça t’apprendra !». Mais au fait, « ça t’apprendra» quoi ? (...)"
 
 

• Accueillir la parole. Valérie DE CHALENDAR, éducatrice scolaire. L'Oustal

"Je suis éducatrice scolaire spécialisée, c’est en tout cas ce qu’indique ma fiche de paye. Je ne suis pas du tout éducatrice de formation, mais je pense l’être profondément dans l’âme depuis toujours. Ça fait maintenant une dizaine d’années que je suis arrivée à l’Oustal à Versailles par le hasard et par la chance d’une rencontre.(...)" 
 
 
 
• La posture intérieure. Ingrid HOARAU, éducatrice scolaire. Rencontre 93

"Je suis éducatrice scolaire dans ce bel endroit qu’est l’Atelier Scolaire où j’ai atterri un peu par hasard, il y a un an et demi. Bel endroit car Isabelle BERMOND et Abdel AJENOUI l’ont porté avec leur cœur et nous permettent de travailler en équipe avec ce qu’il y a de plus beau en chacun de nous. J’ai donc eu à m’imprégner de la philosophie de l’Atelier Scolaire et je me suis moi-même poser certaines questions et notamment la question de la posture, de ma posture...
Dans le cadre de notre travail en milieu éducatif, les notions de norme, de règle et de loi ont été, sont et seront constamment interrogées car elles interpellent en nous un système de pensée très ancré. (...)"
 
 
 Jeudi 24 septembre 14 h
 
Ateliers
 Ateliers 1
 
Conception et animation : Foyer éducatif Le VIEUX LOGIS (Montgeron 91)
 
L’atelier présente le projet mis en place au Vieux Logis tout au long de l’année par deux éducateurs en partenariat avec le comité départemental de plongée du 91.
Un support vidéo permet de voir évoluer les adolescents du début de l’activité jusqu’au passage du diplôme fédéral de niveau 1.
L'activité s’est accompagnée d’une sensibilisation à l’environnement et de différentes actions qui ont permis à ces jeunes de développer l’entraide et la confiance en soi.
Elle s’est inscrite dans le respect des consignes et des règles en ce domaine et qui sont un prérequis pour ce type de discipline.
L’atelier sera présenté et animé par les animateurs du projet : éducateurs et moniteurs de plongée.
 
Atelier 2

L’accompagnement des jeunes femmes migrantes
enceintes et/ou avec enfant
 
sur le territoire français, au regard des dispositions légales en vigueur
 
Conception et animation : MAPE / RENCONTRE 93 / AEMO Sceaux
 
Avec la participation du Docteur DAVOUDIAN, médecin PMI en Seine-Saint-Denis, membre de la WAIHM francophone, auteure de deux films "Accoucher en terre étrangère" et "Une terre d'avenir".

L’atelier expose au moyen d’un film, le parcours de jeunes femmes enceintes et/ou avec enfants pour s’insérer en France, dans le contexte légal et règlementaire en vigueur.

Le lien est fait avec les conditions de leur arrivée sur le territoire.
 
 
 
Bibliographie de Christine DAVOUDIAN
 
Atelier 3

Lois, règles, normes : paroles de jeunes d’hier et d’aujourd’hui

Conception et animation : SAU 78 (Fontenay-le-Fleury) et des membres des 3A Association des Anciens et Amis de l'AVVEJ

 
10 jeunes accueillis au SAU78 ont répondu à un questionnaire sur leur perception de la loi, la règle et la norme dans différents domaines les concernant : la société, leur lieu de vie, leur environnement professionnel.
Cadrage unique et questions identiques, le film juxtapose les réponses tour à tour directes, hésitantes, parfois contradictoires, desquelles se dégage entre autres l'idée que le respect de la loi se construit en même temps que le respect de soi.

 
Débat à partir du film et confrontation au point de vue des « Anciens » de l’AVVEJ.
 
Atelier animé par Elodie KLOJ, éducatrice spécialisée, et Yves LEFRANÇOIS, éducateur spécialisé du SAU78.
 
• Présentation de la démarche d'élaboration du film et rencontre avec les anciens de l'AVVEJ, commentaires sur le déroulement de l'atelier par Elodie KLOJ et Yves LEFRANÇOIS : "Histoire d'un atelier : paroles de jeunes d'hier et d'aujourd'hui"
 

Atelier 4
 
Atelier expérimental sur La Norme et la Créativité
 
Conception et animation : KAIROS
 
Un atelier en trois temps : 
- Recueil de données à froid : définition des notions de norme et de créativité.
- Mise en température : expérimentation la norme et la créativité à travers des mini-ateliers. 
- Temps d’expression à chaud : présentation de l’œuvre finale puis débat autour de l’expérience vécue par les participants.
 
 
Atelier 5 
 
Obtiens ton job et fait virer les autres.

Bienvenue dans le happy world 

Conception et animation : SIOAE 93
 
L'atelier se déroule sous forme de jeu d’épreuves : dérision d’un secteur social qui se conformerait complètement au monde marchand.
 
 
 
 
 
• Descriptif et bilan de l'atelier

Invités à participer à un jeu organisé par une boite de coaching privée qui propose au secteur socio-éducatif des cessions de formation pour devenir Happymanager, 27 potentiels winners ont eu à s’affronter dans une série d’épreuves qui permettaient de déterminer qui allait être « sélectionné », puis « éliminé » …
Bienvenue dans le Happyworld !
Le monde heureux d’un secteur social moderne soumis entièrement à une logique comptable et gestionnaire, devant rendre compte uniquement d’actes  traçables, quantifiables, contrôlables et rentables.
Un monde de directeurs heureux, que disons-nous, d’happymanagers, venant tout droit de l’entreprise privée lucrative, appliquant à la lettre les modèles de management qui ont su si bien faire leurs preuves en termes de productivité et de rendement.
Imaginez maintenant d’anciens éducateurs formés au coaching, sachant relooker, jogger, expertiser, monter des projets innovants qui rendent happy … ça fait rêver non ? 
 
 
 
Jeudi 24 septembre 18 h
 
Apéro-Philo
Jacques DESCHAMPS
 
 
Intervention :
Entre la loi et la règle : la norme, un concept polémique.
 
"Nous montrerons que le recours à la norme vise à stabiliser ce qui apparaît ici comme l'effet   négatif de cette structure en tension, dissymétrique, contradictoire et antagoniste. "
 
 
 
__________________
 Vendredi 25 septembre 9 h
Jean-Jacques YVOREL
 
Historien, responsable du département « sciences humaines » à l’ENPJJ. Rédacteur en chef de la Revue d'histoire de l'enfance "irrégulière". Membre du CNAHES

Intervention :
"Regard historique sur les débats actuels autour de normes, lois, règles"
 
 
 
Notice concernant Jean-Jacques YVOREL dans CriminoCorpus, ressources sur l'histoire de la justice, des crimes et des peines. Plusieurs textes accessibles en ligne.
 
 
La Revue d'histoire de l'enfance "irrégulière" est spécialisée dans le champ de l'enfance et de la jeunesse marginales ou marginalisées. 
 
Articles de Jean-Jacques IVOREL parus dans www.rhei.revues.org

 Clôture du 23e séminaire 11 h
 

Serge RAGUIDEAU, directeur-général

Avant de passer la parole à Etienne HOLLIER-LAROUSSE pour la clôture du séminaire et les remerciements auxquels je m’associe déjà, quelques mots sur ces trois jours passés trop rapidement. Quoi retenir, et dans quel sens de priorités ?
D’abord l’esprit et l’ambiance qui ont présidé à ces journées. Quelqu’un me disait que chaque année la barre semblait plus haute ! je l’ignore, mais chaque année nous la franchissons avec bonheur et sérénité. Si elle est plus haute, c’est donc que nous progressons et que nous parvenons à élever notre niveau de jeu.
Et ce jeu est collectif. Nous l’avons vu se déployer tant sur la scène avec la Passerelle et sa famille en or, qu’à la tribune avec les pédagos, que dans les ateliers ou encore avec les 3A dans la lecture de passages de leur ouvrage. Il faut y ajouter la salle que j’ai sentie très attentive et bienveillante, dégageant de la confiance.
 
Et de la confiance, je pense qu’il en a fallu beaucoup comme il a fallu beaucoup de courage à celles et ceux qui se sont risqués à se mettre en scène pour transmettre leur message, avec la sensibilité et l’émotivité qui toujours nous guettent dès lors que l’on s’expose. Jean-Pierre PINEL a parlé de la fragilité des institutions spécialisées qui se caractérisaient par leur sensibilité à entendre et à accueillir les violences agies ou subies des mé-sinscrits, que les institutions ordinaires ne pouvaient pas ou plus entendre.
Il a parlé du montage institutionnel nécessaire à ces institutions intermédiaires dont les fondements reposaient sur un idéal d’émancipation du sujet et de la réalisation du collectif, et dont l’une des fonctions était de ravauder la trame symbolique, cette part invisible du travail qui ne compte pas puisqu’elle ne se compte pas. Il a dit que ces institutions de la mésinscription résistaient mieux que d’autres au totalitarisme à l’œuvre dans toute société à toute génération. J’ai retenu que l’explosion des normes et la bureaucratie qui en découle étaient une forme possible du totalitarisme qu’exerce une société ultralibérale. J’ai la faiblesse de penser que l’AVVEJ fait partie de ces institutions intermédiaires qui cherchent à se frayer un chemin par la débrouillardise et le bricolage pour résister au processus de désinstitutionnalisation en cours.

Pour qualifier ce dispositif institutionnel auquel personnellement je crois et je tiens, nous  pourrions évoquer la Métis, titre donné à l’appel à projet auquel nous avons répondu en Seine st Denis et qui concerne l’accueil de 18 jeunes très difficiles, « ce type d’intelligence rusée, assez prompte et souple, assez retorse et trompeuse pour faire face chaque fois à l’imprévu, parer aux circonstances les plus changeantes et l’emporter, dans des combats inégaux, sur les adversaires les mieux armés pour l’épreuve de force ». Comment mobiliser ce que nous avons de meilleur en nous pour envisager notre travail ? Est-il possible de sortir de ce cercle improductif du gendarme et du voleur dans lequel personne n’est gagnant ? Peut-on retrouver notre cœur de métier qui consiste à s’occuper des symptômes des jeunes plutôt que d’en faire une raison d’exclusion, pris dans les évidences que supposent les actes qu’ils posent qui nous amènent souvent à faire le constat d’un impossible là où justement le travail pourrait et devrait commencer.
 
La table ronde des services pédagogiques autour de François HEBERT nous a invités à ne pas renoncer à mettre notre créativité et notre imagination au service de la recherche d’autres voies que celle de la sanction qui débouche le plus souvent, à terme, sur une exclusion synonyme d’échec.

Nous avons engagé avec Jacques DESCHAMPS l’amorce d’une réflexion qui appelle à une suite. Cet apéro philo sans apéro nous a plongés dans un échange passionnant, bien difficile à restituer ici. De ce concept polémique qu’est la norme vis-à-vis de laquelle le philosophe nous a invités à lutter et à lui préférer la règle, nous sommes passés du pessimisme de raison à l’optimisme d’action. Si tout est extérieur à la personne et que celle-ci est vide, qu’en est-il du sujet ? Monsieur DESCHAMPS, je compte bien poursuivre cette réflexion avec vous et avec tous ceux qui ici, sont restés sur leur faim, pour ne pas dire sur leur soif.
 
Ces trois journées ne nous auront donc sans doute pas apporté toutes les réponses aux questions que les uns et les autres nous nous posions mercredi matin au démarrage de notre séminaire. Néanmoins, j’ai le sentiment que certaines pistes ont été ouvertes dans la manière non conventionnelle dont certains se sont saisis pour dire ce qu’ils avaient à dire. Lors de notre rencontre avec Roland GORI, celui-ci nous encourageait à ne plus nous laisser impressionner par les normes, à faire bouger les lignes en développant la parole, sans aller du côté du conflit ouvert mais en se mettant du côté de la création, de la réintroduction de la parole pour comprendre et transmettre, en s’appuyant sur des exemples singuliers et concrets, en exigeant du temps pour la pensée, le récit et le collectif. N’est-ce pas ce que nous nous sommes employés à faire durant ces 3 journées ?
 
N’est-ce pas ce que nous nous attachons à faire dans nos rapports d’activité ? Aujourd’hui on sait à quoi on résiste, mais pas à qui, car celui qui transmet les ordres est aussi pris dans le système normé. Les dominants sont dominés par leur propre domination. Dès lundi, nous serons à nouveau tous replongés dans les affres de la bureaucratie qui nous écrase et qui nous désespère. En ce qui concerne la direction générale, nous tenterons de répondre dans les délais aux questions qui nous sont posées ; celles de l’expert-comptable que le CCE a cru bon de nommer pour l’éclairer sur les comptes de l’AVVEJ ; celles que nous pose le conseil départemental des Yvelines à propos de l’examen annuel de nos frais de siège, et dont je ne résiste pas à partager avec vous ; il s’agit du courrier d’une nouvelle inspectrice de tarification, qui s’adresse à nous pour le première fois :
 


Madame,
 
Nous vous saurions gré de bien vouloir nous préparer pour la réunion du 8/10 prochain au Conseil Départemental, les éléments suivants :

Fiche 1 : GPEC
  • Tous les comptes rendus des réunions bimensuelles de la commission de travail GPEC avec le nom des participants et leur fonction
  • Toutes les fiches de poste
  • Le contenu de la formation du 4/07/2013 avec les participants et le coût de cette formation assurée par une avocate
  • Les fiches pénibilité, le DUERP par établissement et les résultats de l’enquête pénibilité
  • La trame de l’entretien AVVEJ, le contenu de la formation à l’entretien annuel de formation et le nom et la fonction des participants ainsi que le coût et le volume des entretiens annuels menés sur 2015
  • Le compte rendu des NAO
  • Le choix de la mutuelle et les modalités de financement
Fiche 2 :
  • Concernant la politique de formation par l’alternance, rien n’apparaît dans vos actions menées. Qu’en est-il ?
Fiche 3 : Communication – relations extérieures
  • Toutes les revues internes mensuelles « Le flash »
  • La plaquette et son coût
  • Le contenu du séminaire AVVEJ, les participants et leur fonction, le coût et la valeur ajoutée pour l’association
  • Le projet associatif 2012/2017
  • Le compte-rendu de la commission « communication – relations extérieures »
  • Le coût de la formation « perfectionnement sur « WORD » pour les deux secrétaires du service
  • Le coût du site et le coût de la graphiste
Fiche 4 :

RAS
 
Fiche 5 : Patrimoine
  • Le bail « type » AVVEJ
  • Le tableau de suivi des baux de location
  • Une explication sur le contentieux avec Paris
  • Le coût de FACILITIM
 
Fiche 6 : Accessibilité
  • Etat des lieux des ESMS sur l’accessibilité des personnes handicapées (conformes ou pas, A d’AP)
  • Coût du CDD chargé de mission de nov 2014 à juin 2015
 
Fiche 7 : Développement durable
  • Tableau de bord des actions engagées
  • Coût du contrat de professionnalisation
  • Explications détaillées sur le calendrier prévisionnel fourni de 2014 à 2018
 
Fiche 7 bis :
  • Point sur la politique de développement durable sur les structures
  • Liste des formations engagées et leur coût

Fiche 8 : Coût global des différent(e)s prestataires/prestations

 

Fiche 9 : Inventaire des immobilisations corporelles

Fiche 10 :
  • Coût du chargé de mission de nov 2014 à juin 2015
  • Liste des établissements adhérant à ADERE
  • Chiffrage de l’économie constatée : globale, et par structure
Fiche 11 :
  • Fiches techniques et procédures des économes
  • Tableau de bord des établissements

Je vous remercie de bien vouloir également m’adresser la liste à jour des établissements de l’association, en m’indiquant les fermetures/ouvertures éventuelles.

Je reste à votre disposition si besoin

Cordialement,


Qui a dit que ce qui tue la confiance, c’est la transparence ?
 
Encore merci de votre présence à tous, et en espérant ne pas attendre deux années pour échanger avec vous sur votre travail."

Serge RAGUIDEAU

 

 
 
 
Pierre-Etienne HOLLIER-LAROUSSE, président de l'AVVEJ
 
Le23e séminaire se termine.
Je pense que ses objectifs en termes de formation ont été atteints : nous avons appris beaucoup de choses et vécu des moments pleins d'intérêt. J'espère aussi qu'il y a eu de nombreuses rencontres entre professionnels des divers établissements. 
 
Il était nécessaire de rappeler que notre devoir d'éducation à l'égard des jeunes qui nous sont confiés comporte comme un élément essentiel de les faire accéder à la compréhension, et par là au respect, des lois, règles et normes.
Sans elles notre société serait une jungle, le théâtre du combat de tous contre tous dans la défense sans limite des intérêts et dans la recherche de l'assouvissement des pulsions. Cela a été fait, et très bien, dans les interventions des équipes de nos établissements, en soulignant qu'exiger la soumission à ces indispensables contraintes est certainement moins efficace et moins porteur d'avenir que de construire un chemin, fut-il sinueux et chaotique, pour y adhérer.
Que le travail social soit depuis son apparition encadré par des normes ne nous empêche pas de soutenir que les institutions du secteur ne sont en rien assimilables à des fournisseurs potentiellement véreux de l'industrie alimentaire : les modalités d’imposition des normes, de contrôle et d'évaluation ne devraient avoir aucun rapport entre les unes et les autres. Vous me permettrez de regretter qu'on puisse avoir souvent l'impression que pour le législateur et pour nos autorités de contrôle et de financement ce soit bonnet blanc et blanc bonnet. Nous avons été remis en face d'une différence essentielle : d'un côté, par exemple, un mécanicien répare un moteur avec une froide efficacité technique après l'avoir ausculté en branchant un ordinateur de diagnostic ; de l'autre côté, un travailleur social ne pourra établir une relation véritablement fructueuse avec une personne dont il a la charge que s'il accepte d'être touché dans ses affects propres par ce qu'il en reçoit. Il était bon de rappeler que cet engagement affectif n'est possible que parce que ce travail se fait au sein d'une institution où les intervenants peuvent se soutenir les uns les autres.
 
Nous avons appris hier le décès de notre ami Alain BRUEL, ancien président du tribunal pour enfants de Paris et administrateur de l'AVVEJ. Il avait publié au mois de juin de cette année un livre absolument remarquable : « Pratique et évolution de la justice des mineurs. Éléments de clinique judiciaire. » Je vous recommande la lecture de cet ouvrage passionnant pour quiconque s’intéresse à la protection de l'enfance. Il s'y élevait notamment contre la tendance récente du législateur à restreindre la liberté d'appréciation par le juge de la situation particulière de chacun des enfants, en soumettant ses décisions à des critères normatifs obligatoires. Je tiens à exprimer toute la reconnaissance de l'AVVEJ pour ce qu'Alain BRUEL nous a apporté, et à présenter nos condoléances à sa famille et à ses proches.
 
Il y a eu quatre interventions des 3 A au cours de ce séminaire. Nous devons en retenir que la charge qui nous est confiée n'est pas seulement de permettre à un jeune de donner « le coup de volant » qui lui évitera de finir dans le fossé lors d'un passage difficile, mais que notre responsabilité est engagée sur le long, voire le très long terme : est-ce que nous aurons apporté à ce jeune qui est devant nous aujourd'hui un soutien qui lui permettra, des années plus tard, de ne pas se laisser aller auprès de ses enfants à la reproduction de ce qui avait entraîné les difficultés qu'il a connues ? Claude DOMANGE préside les 3 A depuis quinze ans. Sous son impulsion, l'association a connu un renouveau remarquable, avec des interventions régulières au cours des derniers séminaires de l'AVVEJ, le rassemblement à l'occasion des 40 ans des 3 A, la sortie du livre sur l'histoire et celle du livre de témoignage. Claude a décidé de se retirer de sa présidence, et nous ne pouvons que lui adresser un grand bravo et un grand merci. Sylvie DEVEILLE a accepté d'assumer sa succession pour l'année à venir. Nous pouvons la remercier, mais nous pouvons aussi l'aider à maintenir la vitalité des 3 A en faisant appel, pour les événements de la vie institutionnelle de nos établissements, au témoignage des anciens : vous avez pu constater qu'il y a là une source potentielle d'enrichissement de votre action auprès des jeunes qui nous sont confiés aujourd'hui.
 
L'AVVEJ attend de ses travailleurs sociaux qu'ils s'engagent, en se mettant en cause, en acceptant d'être affectés, et en prenant les risques indispensables pour progresser dans l'accomplissement de leur mission auprès des jeunes que nos établissements accueillent. Mais solliciter cet engagement n'est possible que parce que, d'une part il s'accomplit au sein d'équipes institutionnelles qui peuvent à tout moment apporter leur soutien, leur étayage pour reprendre une expression qui m'a frappé, et d'autre part parce que l'association en tant que telle a vocation à donner son appui sans réserve à un de ses salariés qui verrait sa pratique discutée par une de nos administrations de contrôle alors qu'elle s’inscrirait dans le cadre de nos options fondamentales et de notre projet associatif. Je m'associe bien sûr aux remerciements de Serge RAGUIDEAU envers les organisateurs, intervenants et acteurs de ce 23e séminaire.
 
J'y associe les participants : leur engagement est la clé de la réussite. Nous devons également avoir une pensée reconnaissante pour tous les personnels de l'AVVEJ qui ont fait fonctionner nos établissements pendant ces quatre jours : ils ne pourront profiter de nos travaux qu'avec la parution, que j'espère rapide, des actes de ces journées. Merci aussi aux membres du personnel d'Azuréva, qui ont assuré pour nous sur ce site un accueil irréprochable malgré les graves difficultés qu'ils connaissent. Le 23e séminaire est maintenant terminé. Nous entrons donc dans la période de préparation du 24e séminaire de l'AVVEJ.
Bon retour à toutes et à tous.

Pierre-Etienne HOLLIER-LAROUSSE