24e séminaire AVVEJ - 2017

Séminaire de l'AVVEJ

 
du 27 au 29 septembre 2017 à Blainville-sur-mer
 
 
L'éducation spécialisée :
 
entre activités et vie quotidienne.
 
Comment faire surgir la parole ?
 
 
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Mercredi 27 septembre
 
 
 
Introduction du séminaire
 
Etienne HOLLIER LAROUSSE
Président de l’AVVEJ

Le 24ème séminaire de l'AVVEJ est ouvert. Je souhaite une bienvenue particulière à celles et ceux pour qui il s'agit du premier séminaire de l'AVVEJ.
Le premier séminaire a eu lieu en 1971 : c'est donc en 2021, dans 4 ans, lors du 26ème séminaire, que nous fêterons les 50 ans de cette institution. Elle a été mise en place par Jean-Claude FERRAND, le fondateur de l'AVVEJ.
Serge RAGUIDEAU,
Directeur Général de l'AVVEJ : EXTRAITS

"La médiation apparait bien ici comme un objet intermédiaire qui se pose dans un entre deux. Lorsqu’un jeune réalise une peinture, celle-ci est bien un objet créé mis entre l’artiste créateur en herbe et celui qui la contemple. Souvent, par le choix d’un titre, d’un commentaire, d’une légende, d’un texte, on laisse surgir une parole qui n’est rien d’autre qu’une nouvelle médiation tentant de dire quelque chose de plus que l’image.

Les activités et la vie quotidienne sont des supports, des médias qui de tous temps ont constitué et constituent encore le lieu des pratiques éducatives." (...)

" Pour ce qui est de la parole, elle n’est pas à entendre comme bonne en soit ; d’ailleurs certains se méfient comme de la peste de la bonne parole. Il n’y a qu’à écouter les dictons à son sujet pour comprendre que le silence lui est souvent préférable : « la parole est d’argent mais le silence est d’or », « il faut remuer sa langue 7 fois dans sa bouche avant de parler », ou encore l’expression « parler pour ne rien dire ». La parole dont on parle est celle, je pense, qui engage celle ou celui qui la prononce. Et soutenir une parole de soi-même, du trou, du néant pour reprendre les formulations de Jean Pierre LEBRUN, n’est autre que la marque du sujet. C’est pourquoi cette parole-là peut tout aussi bien être tenue par une personne sourde et muette. L’homme est un animal qui possède le langage, un être parlant, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il parle, en ce sens qu’il dise quelque chose lorsqu’il parle, ou encore qu’il tienne parole."
 
 
 
Pavo
intervient pendant les trois jours du séminaire de l'AVVEJ
 


Michel DEFRANCE
  Educateur spécialisé, Directeur d’ITEP retraité, Administrateur de l’AVVEJ, Administrateur de l’ASPI (Association scientifique de psychiatrie institutionnelle), ancien Président de l’AIRE (Association nationale des ITEP), ancien Président de la FNADES (Fédération nationale des Associations de Directeurs)

EXTRAIT

"Faire surgir de la parole qui libère, qui met en lien, qui fait rencontrer l’autre, qui porte l’expression des émotions, des représentations et qui ouvre au jeu des joutes verbales et des contreverses, parfois de la violence,  est au cœur du quotidien des services et des établissements qui s’occupent des jeunes en difficulté de se construire. Cette parole qui circule, qui embrouille autant qu’elle éclaire, rend possible les relations qui font vivre chacun comme sujet…

Les effets recherchés à ces loisirs et à la qualité des partages quotidiens, sont de plusieurs ordres :

Tout d’abord, des activités médiatrices dans le principe d’une mise en lien et de distanciation à la fois, tiers en quelque sorte entre le jeune et l’adulte, permettant la structuration des échanges… l’adulte avance « masqué » en quelque sorte, pour ne pas effrayer : « non, l’affaire ce n’est pas moi et mes discours, c’est ce match de foot que nous allons faire… ».

Des activités identificatoires, car elles proposent à des personnalités fragiles, des images étayantes, un « moi auxiliaire » comme disait Michel Lemay…  Pouvoir, puis vouloir ressembler non pas à un personnage médiatisé virtuel inaccessible, mais à cet éducatrice, cet éducateur, cette maitresse de maison ou encore à cet homme d’entretien, cet enseignant, ce chef de service, quand ce n’est pas à la secrétaire qui parait si sûre d’elle-même… Plus rarement au directeur ou à la directrice… Allez savoir pourquoi…

Des activités socialisantes tant dans la confrontation au groupe de pairs qu’avec des adultes ainsi reconnus comme ressource. La dimension culturelle venant soutenir la capacité à communiquer, à s’exprimer avec son originalité créatrice personnelle…

Des activités narcissisantes par ce qu’elles apportent de victoires, de confiance en soi, d’estime de soi… Une sorte de pédagogie de la réussite qui encourage, soutien et sait féliciter…

Des activités structurantes par la confrontation aux limites, corporelles, psychiques, avec lesquelles il faut impérativement trouver adéquation, sans tergiversation car le danger, la crainte sont là, sans échappatoire lorsque le rideau se lève, lorsque le vide vous attire, lorsque le tableau est exposé, ou que le gâteau confectionné arrive sur la table …

Des activités sublimatoires absorbant une part non négligeable de l’énergie pulsionnelle qui trouve là à s’exprimer dans un cadre protégé, susceptible de permettre aux symptômes de la souffrance psychique de trouver une expression acceptable… Tape, crie, cours, lance, creuse, interpelle pour dire que tu es là, que l’on ne fera pas sans toi…

Enfin, des activités symboligènes qui ouvrent à la capacité de reconnaitre de la valeur, du sens à ces partages qui contraignent, qui coûtent, qui frustrent, qui font toucher de doigt ce qui manque… Et pourtant qui nous remplissent…  Confronté à la peur dans les activités de pleine nature,  au trac sur scène, ou le vertige de n’être pas pris en compte ou encore de ne pas être évalué à la mesure que l’on escomptait, ces activités à fortes charges émotionnelles remettent en perspective la vie que l’on a menée, celle qui vient…  Ces prises de risque que nous leur proposons reviennent à « métaphoriquement, interroger la mort pour savoir si la vie vaut le coup d’être vécue,   et cela fonde le sentiment d’exister dans l’altérité… », nous disait David Lebreton dans le groupe de recherche-action interdisciplinaire sur le sport et l’insertion auquel l’ANREL a participé dans les années 90.

Tout cela pour vous dire que ces tentatives théoriques ne sont  rien face aux éclats de rire, aux larmes, aux courbatures, aux yeux qui brillent de ces jeunes enfin devenus eux-mêmes… Et qu’ils sont pour finir, la seule véritable justification de ces activités du quotidien…"  Michel DEFRANCE


Jacques DESCHAMPS
Philosophe, Professeur de philosophie. 

Entre apprendre et comprendre : qu’est-ce que s’émanciper ?

Joseph Jacotot avait entrepris d’enseigner l’hébreu au fils débile de son imprimeur, et qui semblait voué à l’existence misérable de l’ignorant, après quoi l’enfant devint un excellent lithographe, l’hébreu bien évidemment ne lui servant à rien. Jacotot tira de cette expérience les principes fondamentaux de sa méthode pédagogique, dont celui qui détermine toute activité d’éducateur, le principe de l’émancipation  selon lequel tout homme/femme du peuple peut concevoir sa dignité d’homme, prendre la mesure de sa capacité intellectuelle et décider de l’usage qu’il en fera (voir Jacques Rancière, Le maître ignorant, Fayard, 10/18, 1987). Ce n’était donc pas la maîtrise de l’hébreu qui était en jeu mais le fait même d’apprendre quelque chose, peu importe quoi à la limite, et d’y rapporter tout le reste, selon ce présupposé, éminemment politique, que tous les êtres humains ont une égale intelligence.  (...)
 
 
 
 
 
Franck LEPAGE
militant de l'éducation populaire, notamment connu pour ses «conférences gesticulées».
C'est l'un des fondateurs de la coopérative d'éducation populaire Le Pavé.
 
Liens
Education populaire et politique :  ardeur.net 
 
"La conférence gesticulée est une prise de parole publique sous la forme d’un spectacle politique militant. Construite par une personne ou un groupe à partir de leurs expériences, c’est un acte d’éducation populaire fondé sur l’envie de partager ce qu’on a compris, tel qu’on l’a compris, là où on l’a compris."

  Dans une conférence qui gesticule dans tous les sens, Franck Lepage s'indigne de la substitution du terme d'"exploité" par celui de "défavorisé"... et d'autre part, dénonce la supercherie d'un certain art contemporain.

 

 
Les 3A : le chapeau parleur
 
Intervention de Claude DOMANGE et d'Abir SAMOURI, présidente des 3A
 
 
Jeudi 28 septembre
 
 
Jean-Pol TASSIN
Neurobiologiste. Directeur de recherche à l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm), Professeur au Collège de France, Président du conseil scientifique de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies (MILDT) depuis 2000.
 
 
Où certains découvrent que le traitement cognitif par 1% de nos neurones (les autres étant en charge du traitement analogique comme chacun sait) dépend des conditions affectives et fait intervenir l'action des modulateurs : sérotonine, noradrénaline et dopamine.
   
 
 
Sylvain ROUANET
Sociologue.
Dans son ouvrage « Dans la peau d’un athlète », Sylvain ROUANET entreprend une étude sociologique et anthropologique du monde « sensoriel, tactile, ordinaire des athlètes » de haut niveau. Il présente le sport de haut niveau comme un « miroir », un « laboratoire offrant des exemples extrêmes de bio-enculturation ».
 
  Syvain Rouanet explique que les athlètes doivent s'entraîner à supporter que la  gratification de leur effort sera différée. Test : Promettre à de jeunes enfants qu'ils recevront un chamallow supplémentaire s'ils ne mangent pas celui que l'on vient de leur donner. Sortir de la pièce. Filmer leur réaction... Il semblerait que ceux qui résistent à la frustration ont un parcours d'étude plus réussi... 
   
 Sylvain ROUANET en conversation avec Richard HELLBRUNN qui interviendra vendredi
 
Les ateliers
 
MAPE « Des paroles sur des maux… Venez découvrir la MAPE Thérapie »
L’atelier présente des extraits de la vie quotidienne dans le collectif des MAPE, foyer maternel qui accueille de jeunes femmes avec leur enfant.
Ces moments de vie et de travail sont présentés sous forme des saynètes jouées par les professionnels. Un groupe d'analyse des pratiques est mis en scène, puis une réunion clinique permet aux spectateurs de l'atelier d'être acteurs de ces temps de travail.
L'atelier a été préparé par une équipe pluridisciplinaire (auxiliaire de puériculture, cheffe de service d'un internat et d'une crèche interne, surveillant de nuit, économe, directrice-adjointe, secrétaire et deux éducatrices spécialisées), démontrant ainsi que la complémentarité des fonctions en même temps que la clarification des places étaient la condition du travail institutionnel.  
 

 
LE VIEUX LOGIS« A bicyclette, quand la route me raconte /De l’itinérance au témoignage des jeunes
Séjour de cyclotourisme en Bretagne
Issus de différents services du Vieux Logis, nous avons organisé un co-voiturage pour nous rendre au dernier séminaire de l'AVVEJ en septembre 2015.
On fait connaissance, on parle tricot, parcours personnels, voyages, puis les échanges nous amènent à évoquer nos expériences de séjours avec les jeunes. On débat sur «les ingrédients » de la réussite, sur ce que l'on en attend. Une expérience de séjour itinérant à vélo est racontée. Durant le séminaire, à table, le sujet s'invite. Éducateurs, chefs de services et directions sont présents. L’échange est informel, des expériences similaires évoquées avec enthousiasme. Il plane comme une possibilité, un « pourquoi pas » ?
Nous poursuivons notre conversation sur le trajet retour. Nous convenons, au vu de nos échanges productifs, de nous revoir pour une concrétisation. Nous décidons de proposer un périple en Bretagne, en itinérance avec un parcours d’un peu plus de 180 km durant les vacances de Pâques 2016.
Le 28 avril 2016, vers 14 h, 13 jeunes et 4 éducateurs arrivent à vélo au Mont Saint Michel. On partait de Rennes six jours plus tôt .Nous sommes passés par Saint Malo, avons longé la côte d’Emeraude, marché jusqu'à la pointe du Groin. On s'est filmés et photographiés longuement devant la passerelle menant au Mont. On se disait « on l'a fait » ! « on a réussi », « bravo à toi, bravo à toi aussi ».
La joie de l'arrivée. La satisfaction d'aboutir. Les embruns dans nos visages et le vent dans nos k-way ne nous ont pas arrêtés. L'objectif atteint est une expérience qui renforce.
Nous avons fait du sport, pris un bol d'air, subit la météo, découvert une région, des liens se sont resserrés et des amitiés sont nées. L'itinérance et le camping sont venus opérer une rupture avec nos quotidiens. Nous proposons, au-delà du récit de parcours, de partager quelques intuitions et convictions renforcées par cette aventure.
 
 
ESPACE ADOS et SIOAE 75 « Le goût des « échanges»
Atelier de dégustation à l’aveugle, vous ne verrez rien, mais vous allez goûter, toucher. Qu’en penserez-vous ? Qu’en direz-vous ?
 
 
RENCONTRE 93 « Paroles d’enfance, au fil des souvenirs »
Un parcours ludique entre créations et expressions à travers trois ateliers : Une Fable Nommée Magique, Parole Prisonnière…Avec Un Ballon, Le Fil à Soi.
 
 
 
 
LA PASSERELLE « Jeux parlent, tu parles, il se tait… »
Venez expérimenter la parole dans tous ses états, jouer, écouter, parler, faire surgir votre parole.
 
 
 


 Patrice Rolet filme le séminaire
 
 
Pour la première fois cette année, le séminaire de l'AVVEJ est filmé : d'une part les conférences à des fins de diffusion et d'archivage, mais aussi ce qui se passe entre ces conférences, dans les pauses, les ateliers, les couloirs...
Il s'agit de réaliser un documentaire impressionniste de 15 à 20 minutes à partir de questions posées aux "séminaristes" : quel est votre métier ? dans quel établissement ? sa spécificité ? quels sont votre parcours, vos motivations ? Est-ce que votre histoire personnelle est proche de celle du public que vous rencontrez ?
Une dernière question du réalisateur libre et indépendant dont les réponses seront étudiées avec attention : qu'est-ce que vous pouvez me dire de l'AVVEJ ?
A suivre...
 
Guillaume BOUTINDI, cadreur
Patrice Rolet, réalisateur Contact : Patrice Rolet
 

 
Vendredi 29 septembre
 
Richard HELLBRUNN
Psychologue clinicien, Psychanalyste, Professeur de boxe française, a développé la psycho-boxe à Strasbourg.
Il démontre une possible verbalisation des traumatismes nés de la rencontre avec la violence, à partir d’une pratique dans laquelle « mise en situation » et verbalisation alternent.
 
   
 
 
 
 
Xavier BOUCHEREAU
Éducateur Spécialisé en milieu ouvert durant près de 10 ans, actuellement Chef de Service et Consultant indépendant.
Publications « Au cœur des Autres » Editions Sciences humaines (2013),« Les non-dits du travail social » Éditions ERES (2012), « La posture éducative » Editions ERES, son dernier livre, Préfacé par Joseph ROUZEL
 
 
Pendant les trois jours
de séminaire,
une salle attentive, des réactions après chacune des conférences
 
 
 

Faire surgir la parole : limites d'un objectif souhaitable

 
 
 

Clôture du 24e séminaire de l'AVVEJ
 
 
Intervention de Laurent DUPONT, directeur général adjoint
 
Intervention de Serge RAGUIDEAU, directeur général
 
Voilà pour moi le moment fatidique de vous dire au revoir. J’ai conscience que c’est une véritable chance de pouvoir le faire à l’issue d’un séminaire qui est sans doute le lieu le plus représentatif et le plus vivant de ce qu’est l’AVVEJ.
Durant ces 3 jours, mais en fait depuis que je suis à l’AVVEJ, nous avons côtoyé le pire et le meilleur.
Le pire de ce monde qui n’en finit pas de se transformer, et dont on mesure les effets ravageurs qu’il a sur les plus fragiles et sur nous-mêmes.(...) Le meilleur, parce que j’ai le sentiment que ce monde commun et désirable, nous ne cessons de le rechercher et de le tricoter à l’AVVEJ. (...)
Intervention de Pierre-Etienne HOLLIER-LAROUSSE, président

Le 24ème séminaire est bientôt terminé. Ce sera le dernier dont Serge RAGUIDEAU aura assuré la responsabilité en tant que directeur général : il prend sa retraite ce soir, et Laurent DUPOND lui succédera comme directeur général à partir de lundi prochain, le 2 octobre.
Le parcours de Serge est à mes yeux exemplaire.

Même s'il laisserait facilement croire qu'il est un pur produit de la Savoie, en réalité il nous vient du Nord, de Ronchin, une commune de l'agglomération lilloise, où il a passé sa jeunesse.(...)

 
Pierre Etienne HOLLIER-LAROUSSE, président,
Serge RAGUIDEAU, directeur général
et Laurent DUPOND, directeur général adjoint, qui prend sa succession.

Serge RAGUIDEAU, directeur général de l'AVVEJ depuis 2008 quitte l'association Vers la Vie (pour l'éducation des jeunes) à l'issue du séminaire 2017.